
«Ça fait bien longtemps qu’elle [la photographie] et moi, traînons ensemble. Par moments ça frôle l’émerveillement, d’autres, plus calmes, où l’on se tient la main et puis au détour d’une voie ou d’un maux chacun peut partir de son côté, on le sait, on l’a fait…
Premières photos – voyage à Londres avec l’école. Cadeau de communion reçu – un appareil en bakélite – objectif vissant/dévissant. 6X9 petits trous. Les photos furent prises à l’aller sur le bateau – elles montraient exclusivement les mouettes qui passaient au-dessus des têtes.
Première histoire, premiers contacts, premiers frissons. (…)
Le temps avait passé, les choses avaient changé. La photographie et moi retrouvions des moments de joie, des purs moments de bonheur, sans partage, sans pression, seule à seul. Un rapprochement délicat, lent, comme un corps à corps à la recherche de la sublime caresse. Avec le temps, une autre écriture devenait possible, sans règle, sans connu, tout en lenteur… elle arrivait en tâtonnant et puis disparaissait pour revenir, sans bruit, là, juste à côté.Depuis quelques années, la photographie que je pratique va à la rencontre et interroge ce que l’on peut nommer l’invisible, au sens spirituel du terme. Le questionnement qui m’anime est celui de la capacité de l’art en général et la photographie en particulier, de capter et de transmettre des énergies invisibles à l’oeil, et souvent ressenties lorsque le mental laisse la place à l’imaginaire. La photographie d’auteur prend ses marques dans cette démarche artistique contemporaine sur cette recherche d’un sens de la vie, de prendre place parmi le vivant, «d’être nature». J’estime que la photographie est une écriture, une écriture solitaire qui s’intéresse au collectif, une alchimie, une trace transmise par la lumière sur la matière. Une écriture qui ne raconte pas forcément des histoires, mais où le photographe est relié à l’ensemble des choses comme faisant partie d’elles.
Des paysages extérieurs reliés avec ceux de l’intérieur.
Recherche peut être le fil d’Ariane de ma démarche photographique. Une recherche sans tabou, essayant de mettre le connu de côté, de la prise de vue à l’ensemble du processus.
Recherche sans cesse continuelle sur l’écriture – le cadrage, la lumière, la fabrique du paysage -, allant jusqu’à mettre en déséquilibre la création d’un possible « style », d’une éventuelle reconnaissance plastique ou graphique, comme pour venir troubler des regards qui le rechercheraient. Une forme de démarche faite de pas de côté permanents, une soif de ne pas s’établir dans une certitude artistique – ou une peur de s’y conforter. Comme un «regarder, mais regarder quoi?».
Recherche sur tout le processus qui succède à la prise de vue jusqu’à la présentation finale. Selon les projets (exposition, livre d’artiste, matériaux mixtes…), le processus est adapté à la finalité recherchée. Ça suppose d’expérimenter, d’accepter l’erreur, le raté, de recommencer, d’adapter, de mixer ou de jeter. Comme un «montrer, mais montrer quoi?».
Ce processus, demande de l’humilité. Ne pas vouloir faire, laisser s’inviter la part de non vouloir. La petite part d’intuition qui sait déjà.
Recherche sur la place du visible et de l’invisible, du touchable et de l’intouchable, et aussi celle de l’individu et de l’artiste dans cet ensemble qui fait vie.
«Telle est la vertu d’une photographie de paysage : permettre au cœur de trouver la place qui est la sienne». Emmet Gowin.
né le 16 décembre 1952 à Paris 6. Un sagittaire ascendant lion pour l’astrologie occidentale et un dragon d’eau pour la chinoise…